III-C-1

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C - Pratiques et régimes de patrimonialisation numérique[modifier | modifier le wikicode]

1. Editorialisation, rééditorialisation et patrimonialisation[modifier | modifier le wikicode]

Servanne Monjour / servanne.monjour(a)gmail.com 

Une enluminure du XIVe siècle qui s'anime grâce au format GIF, un poilu de la guerre 14 qui raconte sa guerre via son profil Facebook, une application qui permet de générer des bandes dessinées en puisant dans les fonds iconographiques de la BNF, des chantiers de transcription collaborative ouverts à tous afin de valoriser les brouillons, les notes, les cours et les conférences d'écrivain.e.s ou d'intellectuel.le.s majeur.e.s dont aucun éditeur n'a voulu, un bot qui tweete plusieurs fois par jour des extraits traduits de l'Anthologie Palatine... Le web regorge ainsi de ressources patrimoniales placées sous le signe de l'interactivité, du détournement, du jeu et de la créativité. Ces objets, qui posent évidemment de nombreuses questions en termes heuristiques, témoignent d'une nouvelle manière d'aborder et même de comprendre la notion de patrimoine. Une mutation du sens même de l'archive, du document, de l'oeuvre et plus largement du concept de passé, propre à notre culture numérique.

Si le passage des institutions patrimoniales dans l'ère numérique a d'abord été marqué par un paradigme de l'accès -- lequel s'est surtout traduit par des politiques de numérisation massive, dont la pertinence et la qualité ont d'ailleurs parfois pu être questionnées -- un nouveau chantier s'ouvre désormais du côté des enjeux et des modalités de circulation des patrimoines en ligne. En s'appuyant sur une volonté manifeste de sauvegarder et de partager des collections afin de mieux en assurer la diffusion, les grandes entreprises de numérisation ont perpétué les valeurs fondamentales de la patrimonialisation, tout en provoquant, déjà, des changements importants dans la mission et le fonctionnement des institutions qui en ont la charge : là où l'usager a toujours été invité à venir profiter des fonds patrimoniaux -- archives, bibliothèques, musées, etc. --, ce sont ces derniers qui, aujourd'hui, se rendent directement jusqu'à l'usager. À présent que des millions de documents sont mis en ligne à la disposition de tous (ou presque), se pose une question épineuse et vertigineuse : que faire de tout ce patrimoine numérisé ?

Le paradigme de la circulation déplace en effet l'enjeu de l'accès vers un enjeu d'"ouverture". Les problématiques qui en découlent sont nombreuses -- le projet UDPN s'en fait l'écho. Quelles médiations imaginer pour valoriser ces oeuvres en ligne, sans en trahir la pertinence ni le sens ? Quels modèles économiques pour faire vivre, entretenir ce patrimoine qui s'est comme "dédoublé" -- comptant une version analogique et une version numérique ? Comment repenser la fonction voire l'autorité des institutions patrimoniales dont les services numériques prennent une place croissante ? Mais aussi, comment et jusqu'où ces collections peuvent-elles aller "entre les mains" du "grand public" ? Cette dernière question nous amène à repenser le sens même des objets patrimoniaux, à travers une distinction sur laquelle le projet UDPN insiste, et sur laquelle nous reviendrons, entre "pratiques" et "usages". Les politiques d'accès n'ont pas eu pour seule conséquence d'élargir le public, elles ont encouragé l'implication croissante de ce dernier dans l’entreprise de diffusion et d’interprétation des documents et des oeuvres. Mais un tel principe, évidemment louable, pose aussitôt quelques problèmes: sur les usages imaginés et parfois prescrits par les institutions, des pratiques amateurs inédites émergent, pouvant modifier en profondeur les valeurs et le "sens" -- ce terme a toute son importance, on y reviendra -- des collections patrimoniales. La mise en ligne massive des patrimoines numérisés renvoie ainsi au défi fondamental que pose le concept contemporain d'éditorialisation, auquel ce chapitre est consacré : œuvrer à la mise à disposition d'un contenu pour mieux en perdre le contrôle (ce que Louise Merzeau a notamment qualifié de "maîtrise de la déprise").

La thèse que je soutiens consiste à comprendre l'éditorialisation comme un acte de patrimonialisation, au sein d'un large processus dont la numérisation ne représente qu'une étape, certes indispensable, mais finalement transitoire. En ouvrant les collections numérisées à l'éditorialisation, c'est potentiellement le sens même de la mission patrimoniale qui tend à se reconfigurer. Au centre de cette reconfiguration, le passage d'une logique de l'usage à une logique des pratiques travaille à redéfinir les objets patrimoniaux -- les documents, les archives, les œuvres... -- de même que les concepts que recouvre la patrimonialisation -- la médiation, la transmission, le passé, la culture savante, la culture populaire. En d'autres termes : l'éditorialisation offre une occasion idéale pour réévaluer de grands concepts disciplinaires sur lesquels se sont fondées les politiques institutionnelles, pédagogiques, mais aussi notre imaginaire collectif. C'est à cet exercice que je me livrerai ici, en me concentrant sur le cas de la littérature : comment le fait littéraire et ses concepts -- l'auteur, le livre, le lecteur, l'oeuvre, etc. -- sont-ils redéfinis, parfois au prix d'une désessentialisation radicale, par des opérations de remédiations, de remix, de hack, de partage du patrimoine éditorialisé ? À travers ce biais littéraire, j'espère que certaines de mes conclusions serviront de comparable à d'autres champs d'études.

1. Qu'est-ce que l'éditorialisation (et pourquoi peut-elle être utile à notre réflexion) ?[modifier | modifier le wikicode]

Si l'éditorialisation est un concept des plus opérants pour penser les mutations du patrimoine numérisé, c'est parce qu'il adresse directement la problématique centrale des travaux d'UDPN : la distinction entre usages et pratiques. L'éditorialisation, en effet, repose fondamentalement sur la capacité des usagers à détourner, par leurs pratiques médiatiques, les usages institués par les media numériques (outils, plateformes, etc.). Éditorialiser signifie ainsi produire les conditions pour que l'usager puisse détourner les contenus diffusés, dans le but de favoriser la création de nouveaux contenus. C'est là sans doute la principale distinction entre édition (y compris édition numérique) -- qui se concentre sur des fonctions de production puis de diffusion de contenus -- et éditorialisation -- où se met en place une relation dynamique entre ces fonctions de production et de circulation.

Le terme éditorialisation est un néologisme récent, forgé dans les années 2000 pour désigner de nouvelles pratiques éditoriales issues des technologies numériques. Sa définition demeure relativement instable et débattue en fonction, notamment, des différentes disciplines qui y ont recours : info-com, sociologie, philosophie, littérature, sciences du design, etc. En ce qui me concerne, je fonde principalement ma pensée à partir de la définition philosophique du concept, que l'on doit notamment à Marcello Vitali-Rosati. Ce dernier a proposé une longue étude généalogique du terme (Vitali-Rosati 2016) que je ne reprendrai pas ici, pour me contenter d'en baliser les aspects qui nous intéressent le plus dans le cadre de notre thématique de recherche.

Un concept de remédiation (approche documentaire)[modifier | modifier le wikicode]

Parmi les premières contributions consacrées à l'éditorialisation, on retiendra celle de Bruno Bachimont qui, en 2007, utilise le terme pour parler du passage d'un document non numérique à un document numérique :

L’idée centrale de cet article est que l’indexation fine du contenu rendue possible pour le numérique introduit un rapport nouveau au contenu et au document. Alors que selon l’indexation traditionnelle l’enjeu est de retrouver le ou les documents contenant l’information recherchée, l’indexation fine du contenu permet de ne retrouver que les segments concernés par la recherche d’information et de paramétrer l’usage de ces segments. (...) Devenant des ressources, ces segments sont remobilisés pour la production d’autres contenus dont ils constituent les composants. La finalité n’est plus de retrouver des documents, mais d’en produire de nouveaux, à l’aide des ressources retrouvées. On passe ainsi de l’indexation pour la recherche à l’indexation pour la publication. Comme cette dernière s’effectue selon des règles et des normes, on parlera plutôt d’éditorialisation, pour souligner le fait que les segments indexés sont enrôlés dans des processus éditoriaux en vue de nouvelles publications. (Bachimont 2007)

Selon Bachimont, l'éditorialisation est le processus par lequel une ressource est remédiatisée et remédiée en un nouveau document numérique, impliquant la réinterprétation de la ressource. Pour le dire autrement : en changeant de forme médiatique et de milieu, le document est amené à devenir autre. Le processus d'indexation multimédia n'est donc plus seulement une forme d'édition, mais d'éditorialisation (le terme désignant alors ce changement de nature qui s'opère). Cette définition nous rappelle que l'éditorialisation est à l'origine un concept propre aux sciences de la documentation confrontées à la remédiation numérique : elle reste donc entièrement pertinente dans le cadre de notre réflexion sur les patrimoines numérisés.

Cette définition liminaire a par la suite influencé de nombreux chercheurs pour donner naissance à une théorie de l'éditorialisation à part entière, qui ne se contente plus de penser les mutations des pratiques documentaires, mais ambitionne de refonder celles-ci.

Un concept anti-essentialiste (approche philosophique)[modifier | modifier le wikicode]

À partir de 2008, le concept d'éditorialisation connaît un succès croissant au sein d'un public élargi. Dans le séminaire "Écritures numériques et éditorialisation", l'éditorialisation se conçoit comme un espace de débat et de réflexion -- cf. les archives vidéo disponibles en ligne -- qui réunit des chercheurs en SHS et des praticiens (notamment des professionnels de l'information et de la documentation). L'éditorialisation permet alors de penser un processus un peu plus complexe que la définition proposée par Bruno Bachimont, car elle engage une série d'acteurs "humains" (auteurs, éditeurs, professionnels de la documentation, lecteurs) et "techniques" (plateformes, outils, algorithmes, etc.) pour étudier des dynamiques pratiques.

Davantage qu’un néologisme forgé pour marquer le passage au numérique, le concept d’éditorialisation vient répondre à des problématiques posées par ce nouveau modèle (numérique). Il est en effet essentiel de souligner (...) à quel point la notion d’éditorialisation peut changer notre manière d’habiter l’espace numérique. Parce qu’elle en souligne la structure, l’éditorialisation nous donne la possibilité de comprendre l’espace numérique et de comprendre le sens de nos actions dans cet espace : elle nous révèle les rapports entre les objets, les dynamiques, les forces, les dispositifs de pouvoir, les sources d’autorité.

Vitali-Rosati, Qu'est-ce que l'éditorialisation?, Sens public 2016

Là où l'éditorialisation restait, dans la définition proposée par Bachimont, un processus assez limité, finalement peu éloigné de la curation de contenu, elle donne naissance sous l'impulsion de plusieurs chercheurs -- parmi lesquels Marcello Vitali-Rosati, Louise Merzeau, Manuel Zacklad, pour n'en citer que quelques-uns -- à une théorie ambitieuse qui tend à saisir les implications culturelles, épistémologiques et ontologiques des dynamiques processuelles mises en place dans l'environnement numérique. Si les un.e.s et les autres ont pu affiner certains aspects de cette théorie en fonction de ses objets d'études et de ses méthodologies, il existe un consensus autour de certaines caractéristiques essentielles de l'éditorialisation, classées sous un principe fondamental d'ouverture :

Une ouverture dans le temps : c'est le fondement même de la nature processuelle de l'éditorialisation. La publication en ligne n'est plus le dernier maillon d'une "chaîne" éditoriale, mais bien le début d'une série de transformations -- l'image de la chaîne n'étant de fait plus pertinente, on lui substituera celle des forks qui ornent par exemple le graphe d'un dépôt GIT. Cette ouverture dans le temps dessine une nouvelle relation au contenu, qui se décline à présent en versions, marquant la fin de l'idée d'oeuvre conçue comme une unité stable (on pourra par exemple parler d'"états" du texte).

Une ouverture dans l'espace : corollairement à la proposition précédente, la dissémination des contenus s'appuie sur l'investissement conjoint de plusieurs espaces numériques. Davantage que des changements contextuels, la pluralité des environnement-supports reconfigure le sens des contenus, de manière parfois imprévisible.

Une relation stigmergique entre techniques et pratiques : l'éditorialisation permet de penser l'influence de la technique en évitant autant que possible le biais technodéterministe, pour envisager les relations stigmergiques qui se tissent entre l'usager et les media : si les outils, les plateformes numériques ont tendance à prescrire certains usages, ces derniers peuvent être infléchis par les pratiques des utilisateurs qui s'approprient les contenus aussi bien que leur environnement médiatique (j'y reviendrai dans la section suivante).

Une dynamique collective : enfin, l'éditorialisation s'appuie sur un principe d'ouverture massive aux usagers, qui sont invités à devenir des acteurs à part entière de la production de contenus, via des pratiques de réappropriation, réagencement, etc. Cette dernière caractéristique marque une rupture épistémologique forte avec les régimes d'autorité traditionnels. Désormais, la frontière entre le producteur d'un contenu et son destinataire est de plus en plus brouillée.

De manière générale, c'est cette ouverture que les institutions éditoriales traditionnelles et, dans une certaine mesure, les institutions patrimoniales, avaient justement cherché à verrouiller, quitte à céder à la tentation de la monumentalisation. Les contenus publiés se devaient de faire référence, de faire autorité, mais ne pouvaient certainement pas être manipulables à loisir, au risque d'être dénaturés. L'idée de conservation du patrimoine a longtemps été attachée à un principe essentialiste que l'éditorialisation vient déconstruire, forçant les institutions garantes de la légitimité des contenus à repenser leur fonction de légitimation. Cette désessentialisation entraîne donc une réflexion institutionnelle, mais aussi conceptuelle : avant de la redéfinition de nos missions s'accompagne d'une réévaluation de la nature même des objets que l'on travaille. Par exemple, dans l'expression "patrimoine littéraire", il s'agira de se demander : qu'entend-on par littérature ?

Un concept "tactique" (approche médiatique)[modifier | modifier le wikicode]

Comme je l'ai mentionné plus tôt, si l'éditorialisation nous intéresse, c'est surtout parce qu'elle résonne avec la distinction entre usages et pratiques.

Ce n'est pas tomber dans l'écueil technophobe que de souligner combien les technologies numériques que nous utilisons quotidiennement ont tendance à nous contraindre dans nos actions. Cette "déprise", pour autant, n'est pas une fatalité. En raison même de l'ouverture qu'elle engage (une ouverture qui entraîne, on l'a vu, une véritable désessentialisation des objets concernés), l'éditorialisation encourage la réappropriation et le détournement des contenus, mais aussi des technologies elles-mêmes : ludification, recontextualisation, remix, hack... autant de pratiques permettant de reprendre la main sur les usages prescrits. C'est ce que Louise Merzeau a qualifié de "maîtrise de la déprise", et que l'on pourra aussi rapprocher du concept de tactical media (Lovink et Garcia 1996), cette forme d'activisme consistant à investir des systèmes médiatiques et technologiques dominants pour les subvertir..

Je ne ferai pas preuve d'une grande originalité en reprenant un exemple maintes fois cité : celui de la création du hashtag sur Twitter. Zachary M. Seward a retracé l'origine de ce symbole numérique auquel les concepteurs de Twitter n'avaient pas pensé : c'est un usager qui, en 2007, a lancé l'initiative afin d'agréger des tweets partageant un sujet similaire. Lorsque la Californie est ravagée par des incendies la même année, le hashtag #sandiegofire va connaître un succès populaire sur le réseau social. D'abord réticents, les administrateurs de Twitter finiront par intégrer cette pratique dans les usages de la plateforme en 2009 : cette institutionnalisation d'une pratique initialement jugée subversive est intéressante, car elle montre que la déprise ne concerne pas seulement les usagers des technologies numériques, mais aussi leurs concepteurs.

Transposé dans le champ de la médiation patrimoniale, on comprend combien cet aspect tactique de l'éditorialisation transforme la fonction de légitimation traditionnelle : en ouvrant des collections pour en permettre la réappropriation, la transformation puis la réinstitutionnalisation, une forme d'autorité partagée se met en place, ouvrant la voie à une co-construction de la mémoire et du patrimoine. Évidemment, cela implique pour les institutions d'accepter que le contrôle de leurs contenus leur échappe.

Un concept heuristique (approche HN)[modifier | modifier le wikicode]

Dans le champ des humanités numériques, la remédiation du patrimoine a pu s'accompagner d'un fantasme herméneutique, selon lequel les dispositifs numériques seraient capables de révéler (presque au sens photographique du terme) les objets qu'ils prennent en charge. Ces nouveaux dispositifs auraient en effet la capacité de faire émerger ce qui échappait jusque-là à notre regard, ce que l'objet contenait virtuellement, et que la remédiation numérique viendrait actualiser.

L’Encyclopédie de Diderot et d'Alembert constitue un bon exemple de ce phénomène. Avec son système de renvois entre notices, l’Encyclopédie s'apparente en effet à un hypertexte imprimé particulièrement sophistiqué : les liens entre les notices ont tendance à créer des effets de sens, en particulier un métadiscours subversif (il s'agit ici des renvois qualifiés de "satiriques ou épigrammatiques" dans la notice "Encyclopédie" de l’Encyclopédie, signée par Diderot lui-même). Cependant, pour des raisons relevant de son écologie médiatique -- la faible maniabilité des volumes (de grands et lourds in-folio), mais aussi le fait que certains liens pointaient directement vers des textes encore à paraître (parfois des années plus tard) -- les spécialistes admettent que peu de lecteurs ont vraiment pu 1) lire entièrement l'Encycplopédie 2) profiter pleinement de ce dispositif à l’époque de sa publication. Ce n'est qu'avec les premières versions électroniques de l’Encyclopédie que la lecture hypertextuelle, encore fastidieuse dans le modèle imprimé, a pu réellement être actualisée par le lecteur. Ainsi peut-on se demander : notre génération ne serait-elle pas la première à pouvoir lire l’Encyclopédie telle que ses concepteurs l'avaient envisagée ?

Par delà son caractère polémique, cette question est probablement plus intéressante que la réponse qu'on pourrait y apporter -- et sur laquelle je ne prendrai pas le risque de me prononcer, laissant aux véritables spécialistes le soin d'apporter leur éclairage (cf. Benoît Melançon, "Sommes-nous les premiers lecteurs de l'Encyclopédie ?"). Elle incarne en effet une idée fondamentale pour penser le concept d'éditorialisation, notamment dans le cadre de notre réflexion sur les patrimoines numérisés : bien plus qu'un moyen de diffusion, le support technique incarne le sens de l'oeuvre qu'il accueille. Il s'agit ainsi de souligner combien le fond et la forme sont indissociables, pour défendre une véritable heuristique du support. Éditorialiser, c'est en ce sens penser une solution technique et médiatique de diffusion du patrimoine qui incarne l'oeuvre.

Afin de préciser cette dernière remarque et d'illustrer le concept d'éditorialisation dans un contexte patrimonial, je prendrai pour exemple le cas de l'édition numérique de l'Anthologie Palatine.

2. De l'éditorialisation à la révélation du patrimoine : éditorialiser l'Anthologie Palatine[modifier | modifier le wikicode]

L'édition numérique de l'Anthologie Palatine est un projet mené sous la houlette de Marcello Vitali-Rosati, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les écritures numériques, dont on a déjà mentionné les travaux structurants sur le concept d'éditorialisation. Loin de toute prétention prescriptive, j'ai choisi cet exemple car je suis impliquée dans le projet depuis ses débuts : ce que je propose ici relève donc d'abord du retour d'expérience (on trouvera par ailleurs une description détaillée du projet dans un article de la revue DHQ, "Editorializing the Greek Anthology: The palatin manuscript as a collective imaginary"). Ce projet illustre la façon dont le concept d'éditorialisation permet de repenser à la fois les objets patrimoniaux traditionnels, mais aussi les méthodologies attachées à leur médiation, de manière à proposer de nouvelles formes et philosophies patrimoniales.

L'Anthologie Palatine : de la vérité du texte à l'esprit du media anthologique[modifier | modifier le wikicode]

L'Anthologie Palatine est un recueil d'épigrammes grecques dont la composition a été initiée au premier siècle avant J.-C par Méléagre de Gadara. Sa valeur patrimoniale est inestimable : c'est grâce à cet ouvrage que certains poèmes de l'Antiquité grecque sont parvenus jusqu'à nous. La quasi-totalité de cette anthologie est compilée dans le Codex Palatinus 23, conservé à la bibliothèque d'Heidelgerg qui en a proposé une numérisation en libre accès. Ce manuscrit a connu plusieurs transcriptions et traductions au cours de son histoire, sans que les scholies -- ces commentaires en marge du texte -- ne soient systématiquement intégrées à ces traductions. Comme dans n'importe quelle entreprise d'édition critique, l'un des objectifs du projet AP est donc la transcription de ces éléments, ainsi que la traduction en plusieurs langues de l'ensemble du texte : nous avons pour cela fait le choix d'un modèle contributif, ouvert à tous. Mais l'objectif le plus essentiel consiste à proposer une édition qui respecte d'abord le projet anthologique lui-même : une forme médiatique conçue pour conserver et relier entre eux des fragments poétiques. Une forme par nature hétérogène (littéralement, l'anthologie désigne une "couronne de fleurs" et rassemble des textes selon des liens thématiques, stylistiques, génériques, etc.), instable et processuelle (l'anthologie connait plusieurs compilateurs qui vont l'augmenter au fil des siècles, dessinant de nouveaux liens à travers leurs commentaires, les fameuses scholies). En un mot : une forme qui relève déjà d'une logique d'éditorialisation du patrimoine littéraire.

C'est à partir de ce constat que le projet opère un premier écart avec l'édition critique traditionnelle : notre démarche s'éloigne de l'idéal de "vérité du texte" pour chercher ce qui, dans la forme médiatique de ce texte, nous semble incarner une certaine idée du fait littéraire. La première étape du projet a donc consisté à désessentialiser notre objet. Cette désessentialisation de l'AP nous a conduits à cesser de la considérer comme une "oeuvre" -- du moins, dans le sens institutionnel du terme, une "unité" textuelle stable et autonome -- pour la comprendre avant tout comme un imaginaire collectif dynamique et ouvert. Par delà une fonction de conservation et d'institutionnalisation, l'AP a en effet mis au jour des topoï littéraires qui ont ensuite traversé l'histoire de la littérature, et influencé des générations de poètes.

Pour bien comprendre ce glissement d'une fonction de conservation vers une fonction poétique, penchons-nous sur le texte. À l'origine, la fonction de l'AP consiste à collecter et à organiser des épigrammes, soit, si l'on s'attache au sens littéral du terme, des inscriptions réelles gravées sur des supports durables (autrement appelées épigrammes épigraphiques) : l'exemple le plus évident est celui des épitaphes qui ornent les stèles funéraires. Or à ces authentiques inscriptions se sont rapidement ajoutées des épigrammes "fictives", ou "littéraires", forgées par des poètes pour s'intégrer dans l'Anthologie, donnant ainsi lieu à un véritable jeu littéraire. L'épigramme funéraire est alors devenue un genre ou un sous-genre poétique : Simonide de Kéos en composera toute une série pour louer les soldats tombés lors de la célèbre bataille des Thermopyles, par exemple. Les épigrammes funéraires de l'AP inspireront des dizaines de générations d'écrivains, de Clément Marot à Chateaubriand (Verlet p. 290), sans parler des topoï qu'elles structurent et relaient et qui émaillent l'histoire de la littérature : le carpe diem, l'hommage aux poètes disparus, etc. Ces liens "faibles", qui n'explicitent pas toujours l'héritage anthologique, témoignent de l'imprégnation de ce patrimoine littéraire antique au sein des différentes cultures littéraires occidentales, jusqu'au XXIe siècle -- j'y reviendrai dans un instant.

En déplaçant notre attention du texte à la forme anthologique, nous avons conclu que cette dernière se refuse par essence à toute clôture, et encourage au contraire un enrichissement continuel du texte et de ses renvois. L'éditer signifie donc essayer de rendre compte de cette circulation millénaire, de la diversité du matériel impliqué ainsi que de la richesse et de l’hétérogénéité des renvois entre les textes. Mais quel format éditorial est capable non seulement de rendre compte de cet imaginaire, mais aussi d'en permettre la perpétuation ?

De l'édition critique à l'éditorialisation : une API pour incarner le projet anthologique[modifier | modifier le wikicode]

Désessentialiser l'AP ne suffisait pas : rapidement, nous avons compris qu'il fallait aussi nous défaire de certains réflexes méthodologiques et techniques attachés à l'édition critique, y compris l'édition critique numérique.

Certes, de nombreuses éditions en ligne ont profité du potentiel technique des formats numériques pour proposer des systèmes de visualisation des différentes versions d'un même texte. Mais notre problématique est encore un peu différente : l'"ouverture" du texte, pour nous, signifiait permettre la réappropriation et les manipulations du matériel textuel en ligne. De plus, là où une édition critique en bonne et due forme, réalisée par des philologues, aurait eu tendance à établir le texte selon des standards éditoriaux (dans le cas d'une édition numérique, le format XML) pour en retenir une version stable qui fasse "autorité", nous cherchions un format d'abord capable de rendre compte des phénomènes d'intertextualité propres à l'Anthologie, mais aussi d'en proposer des prolongements et des augmentations possibles.

L'éditoralisation nous est apparue comme une solution conceptuelle et pratique idéale pour rendre compte de cet esprit anthologique. Parce qu'elle n'est pas un processus clos, mais une dynamique ouverte, l'éditorialisation permet aux contenus qui circulent dans les environnements numériques d'être sans cesse repris, modifiés, réutilisés pour remplir d'autres objectifs. Elle est par ailleurs un processus éditorial collectif, tout comme dans l'Anthologie -- par delà même sa polyphonie -- déploie une autorité partagée, reposant sur la stratification des contributions explicites ou implicites de ses compilateurs.

Nous avons ainsi fait le choix de déposer nos transcriptions et traductions sur une base de données ouverte baptisée Anthologia, interrogeable par une API. Parce qu'il favorise l'agrégation et la réorganisation de fragments sélectionnés par un auteur ou compilateur, ce modèle nous apparaît particulièrement fidèle à l'esprit anthologique. Le choix de l'API n'a pas été la seule "entorse" au modèle de l'édition critique numérique. Là où les standards encouragent plutôt largement une structuration arborescente des données en XML, nous avons opté pour un format "à plat" JSON, plus propice à l'appropriation et à la réorganisation des contenus.

Par exemple, à partir d'Anthologia, nous avons réalisé un premier affichage permettant de visualiser toutes les informations disponibles sur la base de manière exhaustive (cf. l'exemple de cette épigramme funéraire attribuée à Dioscoride d'Alexandrie). Ce premier affichage, que l'on qualifiera de "savant", s'adresse à un public spécialisé : on y agrège une série de données et de métadonnées (références dans le MS, url perseus, etc.), mais aussi toutes les traductions disponibles que nous avons pu récupérer ou produire, dans de multiples langues. Évidemment, une telle lecture peut paraître aride pour qui souhaite profiter du texte. Nous avons donc mis en place des systèmes de navigation par parcours de lectures thématiques (ces parcours étant pensés justement pour mettre en récit des groupes d'épigrammes): évidemment, nous avons conçu un parcours consacré aux épigrammes funéraires, intitulé "promenade au cimetière". Ces parcours peuvent être visualisés via une autre plateforme, baptisée "POP",conçue par des étudiants de l'école HETIC (des étudiants peu sensibilisés aux enjeux de l'édition savante, mais disposant de compétences en design numérique, qui se sont immédiatement emparés des textes pour proposer une interface de lecture).


Parcours "Promenade au cimetière", plateforme AP-POP
Épigramme attribuée à Dioscoride d'Alexandrie dans le parcours "Promenade au cimetière", plateforme AP-POP


Enfin, les épigrammes ont un temps été relayée par tweet bot qui postait sur les réseaux sociaux des traductions en les associant avec l'image correspondante du manuscrit. Le compte est cependant suspendu depuis quelques semaines pour avoir enfreint les règles d'utilisation de Twitter, sans que l'on sache exactement lesquelles (le réseau social n'a pas répondu à nos messages). L'éditorialisation, on le constate, n'est pas toujours sans risque.

Anthologie Palatine, compte twitter suspendu
Anthologie Palatine, compte twitter suspendu


Ainsi, nos choix techniques permettent une réappropriation de l'anthologie selon plusieurs paradigmes d'interprétation, mais aussi selon plusieurs publics et, par conséquent, elles proposent plusieurs propositions de lectures. L'"esprit" anthologique nous semble ainsi maintenu grâce au processus d'éditorialisation.

Éditorialisation et rééditorialisation de l'AP : un travail d'amateur[modifier | modifier le wikicode]

L'ouverture de ces données prend surtout sens à travers la redéfinition du rapport entre le public et le document numérisé. Donner accès ne suffit pas, il s'agit de transformer le lecteur en un contributeur impliqué dans la fabrique du patrimoine. Dans le cas du projet Anthologie Palatine, il s'agissait d'un véritable défi à l'autorité et à l'instance de légitimation que représente l'Université en tant qu'institution. Les organismes subventionnaires ont fini par soutenir le projet (qui bénéficie d'une subvention du CRSH), mais il a fallu s'y reprendre à plusieurs fois.

Le projet Anthologie Palatine est fondamentalement et résolument un travail d'amateur : très peu de "véritables" philologues (outre Elsa Bouchard, de l'UDEM, et Gregory Crane, de Tuft University) y ont en effet pris part. Notre équipe présente des profils très hétérogènes, principalement littéraires mais pas seulement, avec des compétences avérées en grec ancien, sans être pour autant des spécialistes de cette langue. Surtout, le choix du modèle contributif nous a amenés à impliquer des lycéens dans le travail de transcription et de traduction du texte grec. Je n'insisterai pas sur cet aspect pédagogique du projet qui a fait l'objet d'une description dans DHQ, pour m'intéresser à la façon dont le produit de notre travail a pu lui-même faire l'objet de réappropriations. En d'autres termes : notre travail d'éditorialisation a-t-il bien fonctionné ?

Force est de constater que notre dispositif BDD/API n'a pas (encore) rencontré un large public. À notre connaissance, nos contenus n'ont pas fait l'objet d'une ré-éditorialisation via ce système. Il y a là matière à réflexion : l'appropriabilité n'est peut-être pas qu'une question d'ouverture des contenus, mais aussi de maniabilité des outils de gestion de ces contenus. Notre API, en ce sens, est un dispositif théoriquement vertueux, mais pratiquement complexe.Son usage demande une compétence technique qui fait défaut au public visé par notre dispositif d'éditorialisation.

Les solutions "low-tech" apparaissent donc comme l'ingrédient essentiel d'une éditorialisation réussie. Une expérience pédagogique, menée dans le cadre d'un atelier en édition numérique codirigé par Margot Mellet (coordonnatrice du projet) et moi-même à l'Université de Montréal, nous l'a récemment confirmé. Cet atelier avait pour principal objectif la prise en main d'un outil de visualisation et d'éditorialisation "grand public" : en l'occurrence, les outils Timeline.JS et StoryMaps réalisés par le Knight Lab. Puisqu'il nous fallait des données avec lesquelles jouer, nous avons directement fourni aux étudiant.e.s les liens de nos parcours de lecture sur la plateforme AP-POP, et nous leur avons donné carte blanche. Les résultats ont été très satisfaisants. Un groupe, en particulier, a pris l'initiative de republier via StoryMaps les épigrammes mortuaires du parcours "promenade au cimetière" sur une carte du cimetière du Mont-Royal. En soit très simple, et peu spectaculaire techniquement, cette rééditorialisation est venue confirmer notre hypothèse de départ concernant l'esprit anthologique et l'imaginaire littéraire, en parvenant tout à la fois à s'inscrire et à prolonger l'intertexte palatin.

Pour bien comprendre ce qui s'est passé ici, reprenons une dernière fois notre exemple des épigrammes funéraires. Aux XXe et XXIe siècle, l'influence de l'Anthologie Palatine est toujours bien présente. En 1915, le poète américain Edgar Lee Masters fait paraître Spoon River Anthology. L'ouvrage, que l'on pourrait qualifier de "roman anthologique", est une collection d'épitaphes fictives décrivant en quelques vers la vie des habitants du village imaginaire de Spoon River. Le cimetière de Spoon River fait ainsi apparaître les destins croisés de ses habitant à travers un jeu dialogique -- les amants maudits y expriment leurs regrets, les victimes dénoncent leurs meurtriers, les politiciens révèlent leurs mauvaises actions -- où s'esquisse un portrait de la vie rurale aux États-Unis au début du siècle dernier. En rééditorialisant les épigrammes de l'Anthologie Palatine sur une carte du cimetière du Mont-Royal, c'est le dispositif de Spoon River qu'ont inconsciemment rejoué les étudiantes. Elles ont ainsi fait la démonstration, en 1 heure à peine, et presque malgré elles, d'une dimension latente de l'intertextualité, et nous ont ainsi livré une belle leçon de littérature.

Éléments de conclusion[modifier | modifier le wikicode]

  • Le véritable enjeu de l'éditorialisation du patrimoine est la redéfinition du concept même de patrimoine et de certains concepts clés : la littérature, les oeuvres, les auteurs.
  • Par extension, l'édito redéfinit les fonctions de l'institution : glissement de l'autorité, de l'accès à l'appropriation, etc.
  • L'éditorialisation s'accompagne d'une désessentialisation qui se manifeste par un encouragement des pratiques subversives
  • Une éditorialisation réussie engage une ouverture de nos données patrimoniales, mais aussi les technologies qui nous permettent de les manipuler (outils low-tech, publication du code, etc.)




Argumentaire UDPN initial[modifier | modifier le wikicode]


La numérisation ne peut participer à la construction de nouveaux savoirs sur le patrimoine et à la patrimonialisation de nouveaux objets que si elle est accompagnée par des mises en valeur documentaires et des pratiques d’éditorialisation. Éditorialiser ne signifie pas seulement produire des contenus, mais aussi “produire la réalité elle-même”, en conditionnant l’existence même de tout objet en organisant sa visibilité et sa lisibilité. En ce sens, Marcello Vitali-Rosati propose de définir l'éditorialisation comme un ensemble d'actions collectives et individuelles, qui ont lieu dans un environnement numérique particulier, et qui ont pour objectif de structurer la façon de comprendre, d'organiser et d'interpréter le monde.

Cette définition comporte trois aspects implicites, qu'il est nécessaire de prendre en compte dans l’étude des pratiques d’éditorialisation des patrimoines numérisés : un aspect technologique, un aspect culturel et un aspect pratique. L'éditorialisation étant liée à un environnement numérique particulier, l'impact des technologies sur la production des contenus doit être pris en compte, bien qu’il ne s’agisse pas de réduire l'éditorialisation à ce seul aspect. En effet, la dimension culturelle, dans sa relation complexe avec la technologie, est tout aussi centrale dans la définition de l'éditorialisation. Aussi, l'éditorialisation décrit la façon dont nos traditions culturelles influencent notre manière de structurer les contenus. Enfin, l’aspect pratique de l’éditorialisation amène à aborder la question des pratiques, individuelles et communes, qui opèrent de façon créative à l’intersection des possibilités technologiques et des traditions culturelles.

Dans cette partie, il s’agira d’explorer les relations entre les processus de patrimonialisation et les caractéristiques de l'éditorialisation qui la distinguent des autres formes de structuration des contenus (sa nature processuelle, sa nature performative, sa nature ontologique, sa nature multiple ou encore, sa nature collective). Quant à la rééditorialisation , « La construction de ce mot tente une première synthèse entre les concepts d'édition au sens de publication d'une oeuvre, d'éditorialisation au sens d'expression d'un point de vue propre, de réédition au sens de nouvelle proposition de lecture. Elle tente une seconde synthèse entre les fonctions d'éditeur, celui qui met en forme et diffuse, et d'auteur, celui qui écrit, fonctions qui tendent à se mêler dans le contexte du numérique. La rééditorialisation est donc la publication d'une oeuvre originale dans son point de vue, sa forme, sa scénarisation, à partir de contenus qui ne le sont pas tous »( Crozat, 2012 , p. 189).

Pistes de réflexion[modifier | modifier le wikicode]

● Spécificités et complémentarités entre geste éditorial numérique et geste patrimonial ?

● La reconnaissance d'une fragmentarité du geste éditorial dans l’espace numérique : un rapport complexe entre fragment et réagencement des fragments en unités de sens.


Suggestions bibliographiques[modifier | modifier le wikicode]

● Vitali Rosati, M. (2016). Qu’est-ce que l’éditorialisation ? Sens Public . Retrieved from http://www.sens-public.org/article1184.html


● Benoît Melançon, « Sommes-nous les premiers lecteurs de lEncyclopdie?, In Les défis de la publication sur le Web : hyperlectures, cybertextes et méta-éditions, édité par Jean-Michel Salaün et Christian Vandendorpe, 145‑65. Référence. Lyon: Presses de l’ENSSIB (École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques). https://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00000269/document.


● TÊTU M. - T. « La contribution des publics aux processus de patrimonialisation. Comment passer de l'enquête à son éditorialisation numérique? ». In : La science et les effets de réseau: éditorialisation et contribution numérique dans la construction des corpus et des pratiques de la recherche [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], Disponible sur : < http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00966742/ >

● Bruno Bachimont, « Nouvelles tendances applicatives : de l’indexation à l’éditorialisation », in L’indexation multimédia , Paris, Hermès, 2007, [En ligne : http://cours.ebsi.umontreal.ca/sci6116/Ressources_files /BachimontFormatHerme%CC%80s.pdf ].

● Crozat S. « Chaînes éditoriales et rééditorialisation de contenus numériques ». In : Calderan L. Le document numérique à l'heure du web de données. ADBS éditions, 2012. p179-220. ISBN : 978-2-84365-142-7 ; http://hal.inria.fr/hal-00740268